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4 décembre 2019

Quelle langue étrangère choisir pour mon enfant dyslexique ?

Quelle langue étrangère choisir pour mon enfant dyslexique ?

Mon enfant dyslexique peut-il apprendre une langue étrangère?

Si vous êtes parent d’un enfant dyslexique, vous vous posez souvent des questions concernant ses apprentissages.  Sa dyslexie complique déjà l’apprentissage de sa langue maternelle.

Que faire alors lorsque le moment est venu de choisir une seconde langue ?  Votre enfant dyslexique peut-il apprendre une langue étrangère ?

Oui, votre enfant peut apprendre une langue étrangère en dépit de sa dyslexie.  Toutefois, il y a quelques éléments à bien connaître.

Voici les réponses à vos questions !

Qu’est-ce que la dyslexie ?

La dyslexie est un trouble d’origine neurodéveloppemental persistant et sévère.  C’est un trouble spécifique du langage écrit qui perturbe l’apprentissage de la lecture.  C’est notamment dans l’utilisation de la voie phonologique, capacité à faire des liens entre les lettres et leur son et inversement, que la dyslexie se démarque d’un simple retard en langage écrit.

Elle peut aussi avoir d’autres répercussions notamment sur l’orthographe, la compréhension en lecture ….   Elle peut également compliquer l’apprentissage d’une autre langue que le français.

Pourquoi la dyslexie complique l’apprentissage d’une langue étrangère ?

Pour un enfant dyslexique, il est difficile d’utiliser la voie phonologique.  Cela veut dire qu’il a du mal à faire des liens entre les lettres et leur son et inversement.

Ce sera donc un défi d’arriver à apprendre une autre langue car l’apprentissage de toute langue étrangère va demander d’associer des sons à des lettres !

Et en plus, les associations lettres-son enfin retenues en français ne seront pas forcément identiques dans la nouvelle langue ! Par exemple, le /u/ en français est prononcé /ou/ en allemand.

Quand on comprend cela, on mesure le challenge que peut représenter l’intégration d’une nouvelle langue.  Ce chemin peut être long et fastidieux.  Le lien entre lettre et son sera plus difficile si la langue étrangère à apprendre est opaque.

Apprendre le français est-il difficile ?

Parlons un peu du français !  Nous disons toujours que le français est complexe à apprendre.  Est-ce vrai ?

Et bien oui !  En français, nous avons 26 lettres [ou graphèmes] et 37 phonèmes [sons].  Les 37 phonèmes sont transcrits par 170 graphèmes dont 70 fréquemment utilisés.  Nous pouvons écrire un phonème de 4 manières différentes !  Par exemple, le son « é » peut s’écrire « et », « é », « er », « ez ».  Souvent, un son s’écrit avec plusieurs lettres et est très proche au niveau sonore et visuel.  Le français est une langue très opaque.

Comment sait-on qu’une langue est plus difficile à apprendre qu’une autre ?

Il existe deux façons de classer les langues en fonction de la régularité de celle-ci.  La régularité ou la transparence d’une langue désigne le fait que à 1 son correspond 1 façon de l’écrire.

Autrement dit, la régularité de notre langue est basée sur le nombre de combinaisons possibles pour lire ou écrire une langue [graphèmes] par rapport au nombre de sons existant pour retranscrire la langue [phonèmes].  On distinguera alors :

  • les langues transparentes
  • les langues opaques

Qu’est-ce qu’une langue transparente ?

Imaginez un monde idéal ou « è » ne s’écrirait alors que « è » et pas autrement.  Le Paradis !  Au revoir les « ai », « ei », « et »…..

On parle de langue transparente lorsque la correspondance est presque parfaite : un seul graphème [lettre] représente un seul phonème [son] et inversement.  T=t

Voici quelques exemples de langues transparentes :

  • finnois
  • italien
  • grec
  • espagnol

Par exemple, en italien, 33 graphèmes servent à retranscrire les 25 phonèmes.

Astuce : si vous avez la chance d’avoir des écoles qui proposent ces langues dans leur programme, il est donc  conseillé pour votre enfant dyslexique d’opter pour l’une d’entre elles.

Qu’est-ce qu’une langue opaque ?

Une langue opaque c’est l’opposé d’une langue transparente.  Au revoir Paradis, nous revoilà sur Terre où chaque mot écrit nécessite une relecture !

On parle de langue opaque quand une langue présente de nombreuses manières d’écrire un seul son.  Par exemple, « in » peut aussi s’écrire « ein, ain, um, im, un ».

Voici quelques exemples de langues opaques :

  • anglais
  • néerlandais
  • français
langues opaques et langues transparentes
Complexité orthographique et structure syllabique de langues opaques et de langues transparentes (1)

 

Quelle langue étrangère choisir en Belgique ?

En Belgique, vous n’avez habituellement que deux choix possibles pour votre enfant.  Bien souvent, on lui proposera soit d’apprendre le néerlandais soit d’apprendre l’anglais.

Mais, souvenez-vous, ce sont toutes les deux des langues opaques !

Une de ces deux langues opaques est-elle plus facile à apprendre que l’autre lorsqu’on est dyslexique ?

Le néerlandais est-il facile à apprendre pour mon enfant dyslexique ?

Pour rappel, le néerlandais c’est une centaine de graphèmes pour 35 phonèmes en lecture.

L’orthographe est plus transparente qu’en français et en anglais mais elle présente tout de même des irrégularités.

Des études montrent que les élèves après un an de primaire arrivent plus facilement à lire le néerlandais que l’anglais.

D’autres études [Da Fontoura et al, 1995; Muntaz et al, 2001] (2) (3) indiquent même que l’apprentissage d’une langue plus transparente que sa langue maternelle a des effets positifs dans la compréhension du système phonologique.

L’anglais est-il facile à apprendre pour mon enfant dyslexique ?

Pour rappel, l’anglais regroupe 1120 combinaisons de graphèmes pour représenter les 40 phonèmes [sons].

C’est la langue opaque par excellence !  Les mots irréguliers sont encore plus fréquents qu’en français et sa structure syllabique est complexe.  La proportion de mots réguliers et irréguliers en anglais semble être quasiment égale.

Apprendre l'anglais

Que retenir ?

C’est donc bien le néerlandais qui est la langue la plus facile à apprendre pour un enfant qui a une dyslexie !

 

Comment aider mon enfant dyslexique à apprendre une langue étrangère ?

  • choisir une langue transparente

Il est recommandé de choisir une langue transparente pour permettre à votre enfant d’acquérir plus facilement son écriture, sa lecture et sa prononciation.

Ainsi, le néerlandais est une langue plus transparente que l’anglais.  Il sera donc plus aisé pour votre enfant d’apprendre le néerlandais, de le lire, de le prononcer et de l’écrire correctement.

  • favoriser un bain de langage

On ne le dira jamais assez, nous n’apprenons pas une langue étrangère en apprenant une liste de mots par cœur ou en retenant toutes les déclinaisons des verbes irréguliers.

Pour que le cerveau puisse intégrer une langue et que l’on puisse l’utiliser, il faut apprendre sur base d’activités stimulantes : dialogues, débats, expressions orales, mises en situation, jeux.

Pour apprendre efficacement et durablement, la meilleure méthode reste l’immersion soit en voyageant à l’étranger soit en discutant avec des personnes maîtrisant la langue.

Si vous pratiquez vous-même la langue que votre enfant souhaite apprendre, n’hésitez pas à parler cette langue devant lui voire avec lui dès que cela sera possible.

Regarder des dessins animés, des films, des séries, des clips musicaux dans une langue est très bénéfique pour se familiariser aux sonorités étrangères.

Tout comme écouter de la musique et essayer d’en trouver les mots connus ou encore d’en extraire le sens.

Créer des petits scénarios avec les mots appris à l’école est une bonne manière d’intégrer le nouveau vocabulaire.

Envisager un échange linguistique, proposer de participer à des clubs de conversation dans la langue cible sont autant de bonnes stratégies à envisager.

  • tenir compte des milieux de vie pour guider la motivation

A-t-il de la famille proche qui est bilingue ?  Entend-il plus souvent une langue plutôt qu’une autre ?  Est-il déjà familiarisé avec une autre langue que sa langue maternelle ?

Il est important de choisir une langue étrangère qui lui tienne à cœur.  Si cette nouvelle langue peut lui servir dans le cadre familial ou avec des amis, il est probable qu’il sera davantage motivé.

Ainsi, il peut être intéressant de choisir une langue avec laquelle votre enfant est familier.  Cela le sécurisera et le motivera davantage.

  • proposer des pistes et des outils pour optimiser l’apprentissage

Pour le vocabulaire :

–  favoriser un support oral.  Ex : enregistrement du vocabulaire, logiciels de lecture

–  énoncer à voix haute, épeler, extraire la sonorité des mots plutôt que de simplement faire recopier les mots de vocabulaire.  Exemple : LIVE  L+I [attention se prononce autrement] + V + E [muet]

–  retrouver le sens des mots et la base [racine] pour apprendre un mot de vocabulaire.  Exemple : haircut [coupe de cheveux] = hair [cheveux] + cut [couper]

–  utiliser des moyens mnémotechniques et des images pour l’orthographe des mots

Orthographe des mots anglais

Pour la grammaire :

– utiliser des cartes mentales

carte mentale pour apprendre la grammaire en anglais

 

– passer par l’oral, essayer de construire ses phrases ensemble, le plus simplement possible

Article proposé par Fanny Gerber

(1) Ecalle Jean, Magnan Annie, « Les connaissances précoces implicites et explicites », dans L’apprentissage de la lecture et ses difficultés. Paris, Dunod, Psycho Sup, 205, p 9-61

(2) Shazia Mumtaz, Glyn Humphreys (2001). The effects of bilingualism on learning to read English: evidence from the contrast between Urdu‐English bilingual and English monolingual children, Journal of Research in Reading, Volume 24, Issue 2

(3) Helena A. Da Fontoura, Linda S. Siegel (1995).Reading, syntactic, and working memory skills of bilingual Portuguese-English Canadian children, Reading and writing,  March, Volume 7, Issue 1, pp 139–15